RODUCTIONINT
Trente ans après sa mort, après une longue période d'oubli,
son visage semble omniprésent: sur des affiches, des badges, des livres, des
t-shirts, des CD... La réapparition du portrait d'Ernesto Guevara, dit « El Che
«, révolutionnaire d'origine argentine, démontre que le mythe né il y a 30 ans
est loin d'avoir disparu. Mais, au-delà du mythe du rebelle éternellement jeune
(dont beaucoup en ont fait une image «sainte» et inoffensive), au- delà de
toute la récupération bassement commerciale dont le Che est actuellement
l'objet, c'est l'homme, le révolutionnaire et le théoricien marxiste qu'il nous
faut (re)découvrir. Personnage historique et non image légendaire, l'histoire
et l'oeuvre de Che Guevara est importante à connaître. Sa vie, son oeuvre est
une source inépuisable d'exemples, d'enrichissements théoriques et pratiques
non seulement de par les succès qu'il a connu, mais également de par ses échecs
et ses erreurs. Loin de tout culte de la personnalité, nous voulons restituer
ici la vie et l'oeuvre d'un révolutionnaire hors du commun.
Ière PARTIE: VIE ET MORT DE CHE GUEVARA
Chapitre 1. La jeunesse d'un révolutionnaire
Juillet 1997, au sud de la ville de Santa Cruz, en Bolivie,
une équipe de chercheurs cubano-bolivienne vient de mettre à jour les ossements
d'un groupe de guérilleros morts il y a 30 ans. Les restes de Che Guevara sont
identifiés et transférés en grande pompe à Cuba. Soixante neuf ans plus tôt, le
14 juin 1928 à Rosario de la Fe, petite ville argentine, naissait Ernesto
Guevara Lynch de la Serna. La famille Guevara était relativement aisée, mais le
futur révolutionnaire baignait malgré tout dans une atmosphère nettement progressiste.
Comme le relate Ricardo Rojo, un ami de la famille: « passion de la justice,
haine du fascisme, indifférence religieuse, intérêt pour la littérature et
amour de la poésie, méfiance envers l'argent «, telles était les idées des
parents du Che. Souffrant de graves crises d'asthme, le jeune Guevara
s'astreint à pratiquer intensivement des sports physiquement durs comme le
rugby et l'escalade. Lecteur assidu (de Gandhi, Jack London, Freud et Rousseau
notamment), Ernesto s'engage dans des études de médecine. Le goût du voyage et
de la découverte, le désir de soulager les maladies également, le pousse, à 23
ans, avec un ami médecin (Alberto Granado) à parcourir pendant 8 mois le
continent latino-américain. En 1953, son diplôme de médecin en poche, il repart
sur les routes.
Ces deux voyages lui font se confronter de manière brutale à
l'immense misère qui frappe les peuples latino-américains, misère décrite de
manière sans égale par E.Galéano dans les «Veines ouvertes de l'Amérique
Latine». Dans un discours prononcé en 1960, Guevara reviendra sur cette étape
importante de sa vie: « Les conditions dans lesquelles j'avais voyagé m'avaient
fait entrer en contact étroit avec la misère, la faim et la maladie. Je me
rendis compte que j'étais incapable, faute de moyens, de soigner les enfants
malades et j'eus sous les yeux la dégradation provoquée par la
sous-alimentation et la répression constante. Je pus ainsi réaliser qu'il y
avait des choses tout aussi importantes dans la vie que de devenir un chercheur
illustre ou de contribuer magnifiquement à la science médicale: et c'était
d'aider ces gens. «
Cette prise de conscience de la souffrance et de
l'exploitation subies par les masses populaires, écrasées par de sanglantes
dictatures, amène le Che à s'intéresser activement aux événements politiques.
Arrivé au Guatemala en décembre 1953 (après avoir transité par la Bolivie où
une révolution ouvrière avait battu l'armée de ce pays), il est pour la
première fois directement confronté à l'impérialisme US. Le gouvernement du
progressiste modéré Jacobo Arbenz initiait une série de réformes sociales dans
ce pays. Des terres ont été redistribuées aux paysans, terres appartenant à
l'United Fruit, firme américaine toute puissante. Cette dernière obtient
l'appui du gouvernement américain qui autorisa la CIA à organiser un putsch
pour renverser le gouvernement. Le 18 juin, des mercenaires armés et entraînés
par la CIA envahissent le pays. Le fait que l'armée d'Arbenz se refusera à
armer le peuple précipitera la chute de son gouvernement. Le Che, qui
participera activement à la résistance contre le putsch, est contraint de se
réfugier au Mexique. Dans sa brève présence au Guatemala, à travers sa compagne
Hilda Gadea, militante communiste, il prend connaissance et adhère sans réserves
aux idées de Marx, Engels et Lénine. De cette expérience guatémaltèque, il
retient également que les voies légales et réformistes ne mènent nulle part:
seule une révolution sociale radicale peut permettre de mettre fin
définitivement à l'exploitation et à la misère, ainsi qu'à la domination
impérialiste des USA. Ernesto Guevara était devenu un révolutionnaire. Sa
réflexion le pousse également à comprendre qu'il fallait lutter collectivement
et savoir mobiliser les masses pour réussir la révolution. Dans un discours
prononcé en 1960, il se souviendra de ses réflexions tirées de son expérience
guatémaltèque: « Je me suis rendu compte de quelque chose d'essentiel: c'est
que pour être révolutionnaire, ce qu'il faut avant tout, c'est faire la
révolution. L'effort isolé, l'effort individuel, la pureté des idéaux (...)
tout cela ne sert à rien si on agit seul, solitaire (...).Pour faire la
révolution, il faut (...) tout un peuple qui se mobilise (...) «. Ce peuple,
Guevara allait le trouver à Cuba...
Chapitre 2. Du « Granma « à la révolution cubaine
« La révolution n'est pas une pomme qui tombe quand elle est
mûre! Vous devez la faire tomber, et ce fut précisément notre rôle historique «
Che Guevara, interview à Libération (Algérie), mars 1965.
Au cours de l'été 1955, à 27 ans, E.Guevara prend contact au
Mexique avec un groupe de jeunes exilés cubains. Parmi ces derniers, il se lie
d'amitié avec Fidel Castro, dirigeant du Mouvement du 26 Juillet (M-26-7) et
révolutionnaire alors aux idées démocratiques petites-bourgeoises radicales. Ce
dernier, peu de temps auparavant, avait tenté sans succès de renverser la
dictature cubaine de Fulgencio Batista. Ayant attaqué une caserne de l'armée
cubaine, les camarades de Castro sont décimés, emprisonnés et torturés. Castro
sera également emprisonné, mais Batista, voulant donner une image plus « propre
« de son régime, amnistie et libère Fidel. Il s'en mordra les doigts... A peine
installé au Mexique, Castro décide de rassembler un groupe de cubains, de les
armer, de les entraîner et de débarquer à Cuba. A cette époque, cette île était
une semi-colonie économique et politique américaine (surnommée le « bordel et
le casino « des riches américains). Batista y régnait sans partage, faisant
régner une terreur dictatoriale qui coûtera 20.000 morts en 10 ans. A l'image
du reste du continent, l'île compte près de 80% d'analphabètes, pratiquement
pas d'écoles et d'hôpitaux, les paysans vivent pour la plupart dans des huttes
et souffrent chroniquement de la famine.
La compréhension de la profonde unité d'intérêts qui lie les
révolutionnaires du continent et sa sympathie envers la cause des exilés
cubains pousse Guevara à rejoindre sans hésiter l'expédition de Castro, d'abord
en qualité de médecin, puis, en qualité de combattant. Comme il le rappela
lui-même: «J'ai parlé pendant toute une nuit avec Fidel et, le lendemain matin,
j'étais déjà le médecin de la future expédition.» Désormais, pour ce groupe de
cubains, et, plus tard, pour le monde entier, Ernesto deviendra « El Che
«Guevara. «Che!»est un mot, une interjection dans le langage parlé typiquement
argentin (comme «hé!») et dont Guevara usait également lorsqu'il parlait. D'où
ce surnom désormais célèbre et inséparable de son nom.
Le 25 novembre 1956, 82 révolutionnaires s'embarquent avec
armes et bagages dans un vieux yacht appelé «Granma». Objectif: libérer Cuba!
Mais, débarqués le 2 décembre après une traversée chaotique, les guérilleros
sont attaqués par l'armée le 5 décembre à Alegria del Pio et sont littéralement
massacrés: plus de 60 guérilleros sont tués ou faits prisonniers.
Le 21 décembre, les rares survivants implantent, avec de
grandes difficultés et après plusieurs échecs, un premier foyer de guérilla
dans la zone montagneuse du sud-est de l'île, la Sierra Maestra. Dans ces
montagnes, ils se lieront profondément avec les paysans pauvres, étonnés de
voir des gens en armes leur payer la nourriture et les traiter avec respect.
Mieux, les guérilleros ouvrent des écoles et soignent les paysans malades et
blessés. Le Che se dépensera sans compter. L'absence de rasoirs fait que les
guérilleros se laissent pousser la barbe et les cheveux et très vite on les
surnomme partout «los barbudos» (les barbus).
La paysannerie cubaine est en grande partie composée
d'ouvriers agricoles, obligés de vendre leur force de travail contre un faible
salaire dans les vastes plantations de canne à sucre des entreprises US et des
grands propriétaires terriens. En dehors des périodes de récolte, ils étaient
voués au chômage et à la misère. Ce fait donnera donc très tôt un caractère
nettement prolétarien à la révolution et amènera, déclare Guevara, «une
prolétarisation de notre pensée». En effet, pour les jeunes intellectuels de la
ville (composante essentielle parmi les premiers guérilleros de Castro), le
contact direct avec la vie du peuple le plus exploité sera bénéfique: beaucoup
de guérilleros comprennent que la révolution ne pourra pas être seulement
politique, mais également sociale. Dans ses «Souvenirs de la guerre
révolutionnaire», le Che relate ainsi ce fait: «Cette conscience que nous
avions de la nécessité d'un changement définitif dans la vie du peuple
commençait à prendre corps. L'idée de la réforme agraire se fit plus impérieuse
et la communion avec le peuple cessa d'être une théorie pour devenir à tout
jamais une partie de notre être. La guérilla et les masses paysannes, petit à
petit, se fondaient en un tout homogène, sans qu'il soit possible de dire à
quel instant précis de la longue route se produisit la fusion».
L'attitude de «l'Armée rebelle» de Castro suscite la
sympathie, puis l'adhésion totale; beaucoup de paysans s'engagent dans la
guérilla dont les rangs sont également grossis par l'arrivée de
révolutionnaires des villes. Car, et c'est important, la guérilla est également
en contact étroit avec les organisations révolutionnaires citadines. Le 17
janvier 1957, «l'Armée rebelle» remporte sa première victoire. En juillet 1957,
du fait de ses capacités militaires autant que politiques, le Che est nommé
«commandant» et dirige une colonne de guérilla. «L'Armée rebelle» étend
largement son territoire au sein duquel elle installe des services
d'approvisionnement, des cliniques, des fabriques d'armes, de petites
industries, une boulangerie, une imprimerie, des stations radio, instaure des lois
et mène un réforme agraire (expropriant les grands propriétaires terriens),
bref, c'est un mini-Etat qui se met en place, ouvrant une situation de double
pouvoir territorial. La constitution d'un territoire « sanctuaire « permet à la
guérilla de se doter d'une base d'opérations d'où elle pratique des sorties et
des raids en territoire ennemi.
C'est de son expérience concrète de la lutte que le Che
élaborera en 1960 son ouvrage « La guerre de guérilla, une méthode « où il
fixera les tâches stratégiques et tactiques de ce type de lutte. (Voir IIeme
partie, page...)
En avril 58, une grève générale échoue dans les villes,
apportant un recul à la lutte. Analysant les causes de l'échec, le Che souligne
«On a ignoré l'importance de l'unité ouvrière et on n'a pas essayé à ce que les
travailleurs, dans l'exercice même de leurs activités révolutionnaires,
choisissent le moment précis». Profitant que les voies d'approvisionnements et
de communications de la guérilla avec les villes sont momentanément coupées,
l'armée lance le 24 mai une vaste offensive qui se solde, elle aussi, par un
échec. Les guérilleros en profitent alors pour lancer à leur tour une
contre-offensive généralisée vers le 19 juin. Malgré ses 70.000 soldats (les
guérilleros et les milices citadines ne compterons jamais plus de 5.000 hommes
et femmes en armes), malgré l'aide américaine en armes, munitions et
instructeurs, l'armée de Batista, à partir de l'automne 1958, ira de défaites
en défaites. Le 29 décembre 1958, la colonne du Che, après 50 jours de marche à
travers 677Km, libère au cours d'une bataille décisive la ville de Santa Clara.
Les trois quarts du territoire cubain sont aux mains des révolutionnaires. Dans
les villes, l'agitation des étudiants et des ouvriers contre le régime ne
faiblit plus. Enfin, les 1 et 2 janvier 1959, dans une action conjuguant grève
générale des travailleurs dans les villes et offensive générale des colonnes de
«l'Armée rebelle», le régime de Batista (en fuite) est renversé. Les 3 et 4
janvier, les guérilleros entrent triomphalement à La Havane où la grève des
travailleurs et l'action de leurs milices avait empêché un coup d'état mené par
des restes de l'armée du dictateur. Sur la route de La Havane, le Che est
interpellé par un guérillero qui demande à pouvoir renter chez lui sous
prétexte que «nous avons gagné la révolution». Le Che refuse sèchement: «Nous
avons gagné la guerre, mais la révolution ne fait que commencer»...
Chapitre 3. La Révolution en marche
« Il ne s'agit pas de réformer la société actuelle, mais
bien d'en fonder une nouvelle «. Karl Marx
Un régime nouveau s'installe, composé d'une coalition des
différentes organisations qui ont participé à la lutte. Le Che est naturalisé
cubain le 9 février et voyage à l'étranger à la tête d'une délégation
économique cubaine entre juin et septembre de la même année. Dès son retour,
lui qui avait l'argent en horreur est désigné le 26 novembre 1959 à la tête de
la Banque Nationale de Cuba. Sa première mesure sera d'aligner le salaire de
son poste sur celui des simples ouvriers qualifiés. Furieux d'avoir perdu leur
domination totale sur l'île, les Etats-Unis mettent des bâtons dans les roues.
Après que Castro décide de nationaliser les principales firmes du pays (dont
plusieurs sont américaines et exploitaient sans vergogne le pays et ses
travailleurs), les USA rompent toutes relations et se font de plus en plus
menaçants. Les changements sociaux ne s'arrêtent pas pour autant: en mai 1959,
une réforme agraire largement favorable aux paysans est appliquée, les
constructions d'hôpitaux et d'écoles se multiplient, la santé et l'éducation
sont rendues gratuites, les loyers sont baissés de 50%, des acquis et des
droits sociaux importants sont instaurés. Mais de toutes les mesures
révolutionnaires, ce seront les nationalisations des industries et la réforme
agraire radicale qui heurtent de plein fouet l'impérialisme US. Tout au long de
l'année 1960, les conflits avec les USA se multiplient. Ces derniers stoppent
leur vente de pétrole à l'île. Cuba se voit donc contrainte d'acheter du
pétrole russe. Mais, les compagnies américaines présentes sur l'île se refusant
de raffiner ce pétrole, Castro décide de nationaliser ces entreprises!
L'attitude de l'impérialisme allait favoriser la radicalisation de la
révolution, comme le relate le Che: « L'impérialisme a été un élément très
important pour le développement et l'approfondissement de notre idéologie;
chaque coup qu'il nous donnait appelait la riposte; chaque fois que les
yankees, avec leur hauteur habituelle, réagissaient en prenant une mesure
contre Cuba, nous devions immédiatement prendre une contre-mesure nécessaire,
et la révolution se radicalisait ainsi progressivement.»
En 1961, une vaste campagne d'alphabétisation est décidée.
Après une période de maturation, après l'expropriation du pouvoir économique et
politique de la bourgeoisie, le 15 avril 1961, Castro décrète le caractère
socialiste de la Révolution cubaine. La direction de la révolution cubaine,
Castro en tête, se convertit au cours des années 59-61 au marxisme, non
seulement sous l'influence de leur expérience sociale dans la guérilla, du fait
de leur expérience à la tête du processus révolutionnaire, mais également sous
l'influence de Guevara, qui avait adhéré au marxisme bien avant eux. Mais de
tous les facteurs, c'est la formidable pression des masses ouvrières et
paysannes qui poussera les nouveaux dirigeants à «sauter la pas» vers le
socialisme (voir encadré: «Révolution permanente à Cuba» p...). «La
construction du socialisme,» ce drame étrange et passionnant « comme l'appelait
le Che, était à l'ordre du jour pour la première fois dans un pays d'Amérique.
ENCADRE: L'impérialisme en Amérique Latine
Au début du XIXe siècle, à peine libérés de la domination
coloniale espagnole, les nouveaux états d'Amérique Latine ont été l'objet des
ambitions politiques et surtout économiques de l'Angleterre et des Etats-Unis,
les principaux pays capitalistes. Le capitalisme de ces deux pays allait
bientôt s'investir et contrôler les richesses de ces pays. Ils y organisent la
production selon leurs intérêts économiques et non pas selon les capacités
réelles des états latino-américains. Ainsi, des pays sont obligés de se
spécialiser dans un seul type de production (ex. à Cuba, ce sera le sucre de
canne). En 1823, le président Monroe décrète que les Etats-Unis ont le droit
d'intervenir dans la politique intérieure des états du Sud du continent pour
préserver ses intérêts économiques. Sur base de cette «doctrine Monroe», les
Etats-Unis vont intervenir militairement à chaque fois que des révoltes, des
révolutions ou de simples réformes mettent en danger leurs intérêts: au
Nicaragua en 1909, en Haïti de 1915 à 1935. Porto Rico se proclame indépendant
en 1869, mais quelques années plus tard, Washington y envoie des troupes et,
depuis, les USA «administrent» encore ce pays. Ils interviendront également
trois fois en République Dominicaine: 1916, 1925 et 1965. En 1954, il
organisent le renversement du gouvernement Arbenz au Guatemala. En 1972, il
feront de même avec le gouvernement progressiste d'Allende au Chili. A Cuba, où
ils avaient installé leur fantoche Batista, ils envoient des mercenaires en
1961 pour renverser Castro. Depuis, l'île connaît un blocus économique féroce.
En 1981, ils interviennent dans l'île de Grenade pour, de nouveau, renverser un
gouvernement de gauche. La liste est longue...
Ces interventions n'ont qu'un seul but; préserver les
intérêts économiques des firmes US et maintenir au pouvoir les dictatures
complices de cette exploitation économique. La plupart des entreprises US en
Amérique Latine récoltent des bénéfices nettement supérieurs à ceux qu'elles
réalisent aux Etats Unis (grâce aux bas salaires et à l'exploitation éhonté des
travailleurs et des ressources des pays du Sud). La majorité des bénéfices sont
rapatriés aux Etats-Unis au lieu d'être réinvestis. Par exemple, à l'époque du
Che, de 1950 à 1965, les investissements opérés par les Etats-Unis en Amérique
Latine furent de 3,8 milliards de dollars. Pendant la même période, ils
rapatrièrent 11,3 milliards. Les pays exploités ont donc eu à supporter un
déficit de 7,5 milliards de dollars. De ce fait, l'appauvrissement des peuples
d'Amérique Latine est directement proportionnel à l'enrichissement de la
bourgeoisie américaine et des bourgeoisies nationales latino-américaines.
L'impérialisme est donc un véritable système de domination économique,
politique et culturel des Etats-Unis sur le reste des pays américains. C'est
pourquoi il est, avec ses alliés autochtones, l "ennemi principal de tous
les révolutionnaires de ce continent.
En 1962, le Che devient membre de la Direction des
Organisations Révolutionnaires Intégrées, noyau du futur Parti Communiste
Cubain (un P.C existait déjà auparavant, mais totalement stalinien et souvent
en conflit avec la direction castriste).
Le lendemain du discours de Castro du 15 avril 1961, une troupe
de mercenaires soutenus par les Etats-Unis débarque à Cuba. En quelques heures
ils seront battus par le peuple en arme. Les USA instaurent alors un blocus
économique total sur l'île.
Le danger politico-militaire et les difficultés économiques
obligent Cuba à se rapprocher fortement de l'URSS. Le Che, de son côté, tente
d'organiser au mieux la transition de l'économie cubaine du capitalisme au
socialisme. Le 23 février 1961, il sera nommé ministre de l'Industrie. Dans son
ministère, la ponctualité est de rigueur, le Che est très exigeant, non
seulement pour les autres, mais également pour lui-même. Sa rigueur et son
exigence n'étaient pas marquées par l'arrogance, mais bien par la compréhension
de l'énormité et de la grande difficulté des tâches à accomplir. Ses deux
objectifs principaux: transformer le travail de corvée en besoin enrichissant
pour l'Homme et développer une économie cubaine socialiste débarrassée de la
dépendance économique envers les pays capitalistes ou autres.
Mais le problème crucial, pour atteindre une économie
socialiste, est le «sous-développement» économique de l'île, sous-développement
que le Che définira de manière imagée et forte: «Qu'est ce que le
sous-développement? Un nain avec une énorme tête et une poitrine puissante est
«sous-développé «, dans ce sens que ses jambes faibles et ses bras courts ne
correspondent pas au reste de son anatomie... Nos pays ont des économies
faussées par la politique impérialiste qui a développé anormalement les
branches industrielles ou agricoles de façon à ce qu'elles deviennent
complémentaires des économies complexes des impérialistes. Le «
sous-développement» ou développement faussé, amène dans les matières premières
une dangereuse spécialisation qui maintient les peuples sous la menace de la
famine. Nous, les «sous-développés», sommes aussi les pays de monoculture. Un
produit unique, dont la vente incertaine dépend d'un marché unique qui impose
et fixe les conditions, voilà la grande formule de la domination économique
impérialiste» («Cuba, cas exceptionnel ou avant-garde?, 1963»).
En effet, la principale production de Cuba est le sucre de
canne, qu'elle exporte et échange contre les produits agricoles, industriels et
énergétique (le pétrole) qui lui font défaut. Le sous-développement doit donc
être surmonté: l'indépendance économique permettra ainsi une réelle
indépendance politique. Pour obtenir cela, le Che préconise une
industrialisation importante qui implique que la Révolution doit désormais
s'appuyer essentiellement sur les ouvriers. Les paysans ne sont pas oubliés
dans ses plans, loin de là: ils obtiennent une réforme agraire et une
amélioration considérable de leur niveau de vie et sont appelés à développer la
polyculture (diversification de la production agricole, notamment en légumes,
etc.). Mais dorénavant, pour le Che, une seule classe sociale pouvait libérer
le pays de sa dépendance, du sous-développement et permettre une accumulation
économique suffisante, base minimale pour atteindre le socialisme: le classe
ouvrière. Le Che lance ainsi un vaste plan d'industrialisation, de création
d'industries nouvelles et d'introduction de nouveaux procédés modernes de
production.
ENCADRE: L'Homme nouveau et la démocratie socialiste
Dans la construction d'une société réellement socialiste,
Che Guevara insistera non seulement sur les changements structurels et
économiques à apporter, mais aussi humains: «Le socialisme n'a pas été conçu
(...) pour avoir de formidables usines seulement, il se fait pour l'Homme
intégral». Pour lui, le socialisme doit instaurer un type d'Homme nouveau,
débarrassé de l'égoïsme et de l'individualisme bourgeois: «Pour construire le
communisme, il faut changer l'homme en même temps que la base économique». Et, «Si
le communisme n'aboutissait pas à la création d'un Homme nouveau, il n'aurait
aucun sens» déclarait-il dans un texte célèbre: «Le socialisme et l'Homme à
Cuba» (1965). L'abolition de la propriété privée des moyens de production, les
mesures sociales radicales, etc. sont des bases essentielles mais non
suffisantes pour le socialisme. Il faut également modifier les rapports des
hommes entre eux, envers le travail et, en général, c'est la qualité elle-même
de la vie qui doit être modifiée. Les progrès matériels doivent être
nécessairement accompagnés d'un nouveau sens de la vie, sens guidé par la
camaraderie, la fraternité et la solidarité humaine. L'aliénation et les
oppressions que subissent l'humanité sous le capitalisme doivent être
éradiquées en même temps que l'exploitation économique, sociale et politique.
Les mécanismes psychologiques d'oppression et d'aliénation sur lesquelles
reposent également le capitalisme sont à combattre. Sur ces points, comme sur
beaucoup d'autres, le Che s'affrontait à la conception stalinienne du
socialisme pour qui seule l'économie et le développement aveugle du
productivisme économique sont importants, le reste ne pouvant venir que par la
suite. «Le Che assume une position philosophique qui privilégie l'action
consciente et organisée comme créatrice de réalités sociales, une philosophie
marxiste-léniniste de la praxis, à l'encontre du déterminisme social qui
considère que les changements sont le résultat de la rupture de la
correspondance entre les forces productives et les relations de production»
(F.M.Heredia, «El Che y el socialismo»). Mais si le Che comprenait l'importance
des facteurs subjectifs et la transformation de la vie quotidienne des Hommes
comme devant accompagner nécessairement la construction du socialisme, il
n'intégrait pas dans sa conception de l'Homme nouveau, du travailleur
socialiste, une notion importante: celle d'une réelle autogestion des
travailleurs. Or, le développement d'une conscience révolutionnaire parmi les
masses passe bien plus facilement lorsque ces dernières disposent d'un pouvoir
démocratique réel sur leur vie (dans tous les sens du terme), lorsque, par
exemple, les travailleurs associés décident démocratiquement et d'eux-mêmes les
plans productifs, leur finalité, etc. La conception de Guevara de la classe
ouvrière en tant qu'avant-garde révolutionnaire nécessite que cette dernière
soit réellement maître de son destin, c'est-à-dire qu'elle doit posséder ses
propres organes de pouvoirs. Le Che, en 1965, allait tout de même entrevoir ce
problème en déclarant qu' «Il est évident que le mécanisme ne suffit pas pour
assurer une suite de mesures sensées et qu'il manque un rapport plus structuré
avec la masse. Nous devons l'améliorer dans le courant des prochaines années.»
ou encore: «il est nécessaire d'augmenter davantage sa participation
consciente, individuelle et collective, à tous les niveaux des mécanismes de
direction et de production «.Mais il n'aura malheureusement pas le temps de
s'atteler à ce travail.
En 1963, Guevara initie jusqu'en 1964 un grand débat
national et international sur les voies économiques à emprunter pour atteindre
le socialisme. Le Che est contre la loi du marché, telle qu'elle est pratiquée
non seulement dans les pays capitalistes, mais également dans les pays «socialistes»
car ces derniers poursuivent «la chimère de réaliser le socialisme à l'aide
d'armes ébréchées que le capitalisme nous a légué (la marchandise, comme
cellule économique, la rentabilité, l'intérêt matériel individuel)».Dans sa
juste conception de la nécessité de créer un Homme nouveau; il est également
contre l'utilisation unique de stimulants matériels (primes et récompenses
individuelles) pour inciter les travailleurs à mieux produire. A ces derniers,
il préfère utiliser des stimulants «moraux» socialistes couplés à des
stimulants matériels collectifs: «Le stimulant matériel est l'héritage du passé
avec lequel il faut compter mais auquel il faut enlever peu à peu sa
prépondérance dans la conscience des gens au fur et à mesure que la société
progresse.» («Sur la construction du parti», 1963) Au cours de ce débat, il
invite à Cuba l'économiste marxiste Ernest Mandel. Le fait que ce dernier était
également un des dirigeants de la IVe Internationale (trotskyste) démontre
l'anti-dogmatisme du Che (alors que les communistes staliniens taxent depuis
toujours les trotskystes de contre-révolutionnaires)! Le Che était très clair
sur l'aspect non-dogmatique du marxisme: «Pour créer une société socialiste à
Cuba, il faut fuir comme la peste la pensée mécanique. Celle-ci ne conduit qu'à
des méthodes stéréotypées. Le marxisme est une dialectique, un processus
d'évolution. Le sectarisme à l'intérieur du marxisme crée un malaise, un refus
de l'expérience «. A la même époque, il approfondit ses connaissances marxistes
et relit « Le Capital « de Karl Marx, qu'il qualifie de « monument de
l'intelligence humaine «.
Chapitre 4. Du Congo à la Bolivie
« Beaucoup te demandaient: Où est ta vraie patrie? Et tu
répondais: Là où je peux lutter pour la révolution! « Cu Hoy Can, poète
vietnamien
Fin 1964, Che Guevara préside la délégation cubaine à
l'Assemblée générale des Nations Unies où il prononce, en uniforme de
guérillero, un discours qui reste l'une des plus grandes dénonciation des
méfaits de l'impérialisme.» Un animal carnassier qui se nourrit des peuples
sans défense, voilà ce que l'impérialisme fait de l'homme « déclare-t-il.
Entre 1963 et 1965, le Che multiplie ses voyages officiels
dans le tiers-monde, en Chine et en URSS surtout. A l'inverse des conclusions
qu'il tira de ses premiers voyages effectués en 60-61 dans ces derniers pays,
le Che critique fortement à partir de 1964 les méthodes qui y sont employées
pour construire le socialisme. Il voit d'un très mauvais oeil la dépendance
économique et idéologique accrue de l'URSS sur Cuba. La bureaucratie, dominant
ces pays, risque également de se répandre à Cuba même. En effet, le Che, Castro
et la plupart des dirigeants issus de la guérilla s'opposaient (avec succès
d'ailleurs, au début) à l'ancien Parti communiste stalinien qui menaçait de
bureaucratiser la révolution cubaine par ses méthodes copiées sur celles
employées en URSS.
Le 20 février 1965, dans un discours tenu à Alger, Guevara
dénonce le manque d'esprit socialiste dans les échanges économiques entre les
pays du tiers-monde et l'URSS, cette dernière pratiquant des prix quasi
identiques à ceux du marché capitaliste (« Les pays socialistes, déclare le
Che, ont le devoir moral de liquider leur complicité tacite avec les
exploiteurs de l'Ouest «), échanges, qui plus est, conditionnés avec une
soumission politique envers Moscou.
Castro se fait fortement réprimander par les Russes pour ce
discours. De retour à La Havane, le 14 mars, le Che s'enferme durant deux jours
avec Castro qui le convainc d'abandonner toute charge publique pour calmer les
Russes. Contrairement à une légende tenace, il n'y avait pas de grosses
divergences entre Guevara et Castro. Ce dernier, du moins jusqu'en 1968 (où
Castro s'alignera totalement sur l'URSS et contribuera à la bureaucratisation de
la Révolution), était également très critique envers les partis communistes
latino-américains et s'opposait aux méthodes et aux orientations de la
bureaucratie d'URSS.
Au mois d'avril, le départ du Che de Cuba est rendu
publique. La véritable raison de ce départ est qu'il se rendait compte de
l'impossibilité d'un développement économique socialiste définitif à Cuba sans
une extension de la Révolution à l'échelle internationale. En effet, en octobre
1964, le Che avait dû analyser ses propres erreurs concernant le développement
économique de l'île. Au niveau de l'agriculture, il avait attaqué, avec
justesse, la monoculture de canne à sucre. Mais la politique de polyculture qui
a été instaurée pour pallier à cela fut désastreuse car trop diversifiée à la
fois, ce qui entraîna une chute de la production agricole. Le Che comprit
également que la production de sucre de cannes est nocive non pas en tant que
telle, mais du fait que le marché mondial défavorise cette production. Il faut
pouvoir vendre ce sucre de manière équitable, à son juste prix, ce qui était
impossible, tant sur le marché capitaliste que sur le marché des pays dit
socialistes. Au niveau industriel également, le Che critiqua ses propres
erreurs. Si l'industrialisation est théoriquement juste pour sortir du
sous-développement et bâtir le socialisme, il ne peut échapper aux contraintes
internationales et nationales. En effet, on avait construis trop de nouvelles
usines et trop vite ce qui entraîna une production de médiocre qualité et à un
prix élevé. De plus, il existait un manque cruel de pièces de rechanges et
l'exode important d'ingénieurs et de techniciens bourgeois avait encore plus
compliqué l'affaire car il fallait attendre un certains temps avant de pouvoir
former une masse de techniciens issus du prolétariat ainsi, de même, que pour
former une classe ouvrière qualifiée et massive capable d'utiliser les
instruments de production modernes que l'on tentait d'introduire. Mais le pire
obstacle pour l'industrialisation préconisée par le Che fut le manque cruel de
matières premières pouvant alimenter cette industrialisation car les coûts
d'importation de ces matières était monstrueusement élevés. Une fois de plus,
Cuba s'affronte aux dures lois du marché mondial. Et le Che en tire, avec
justesse, comme conclusion qu' il est impossible de construire définitivement
le socialisme dans un seul pays, qui plus est dans une petite île dépourvue de
matières premières et d'énergie et obligée de se soumettre aux lois des marchés
capitalistes et soi-disant «socialistes». La seule solution résidait donc en
une extension de la révolution car si d'autres pays prenaient la voie de Cuba,
des échanges économiques justes et équitables, cette fois-ci, permettraient à
tout un chacun de combler les lacunes respectives au niveau économique. De
plus, la victoire d'autres révolutions permettrait à Cuba de se renforcer
politiquement non seulement face à l'impérialisme US, mais également d'empêcher
toute mainmise du pays et de sa politique nationale et internationale par les
bureaucraties russes et chinoises.
La compréhension de l'unité dialectique de la révolution
mondiale (1: Toute révolution commence au niveau national, mais ne peut
survivre et construire le socialisme définitivement que si elle
s'internationalise. 2: Chaque victoire révolutionnaire entraîne le renforcement
de tout le mouvement révolutionnaire mondial) était notamment exprimée dans son
Discours d'Alger: « Il n'est pas de frontières dans cette lutte à mort. Nous ne
pouvons rester indifférents devant ce qui se passe ailleurs dans le monde, car
toute victoire d'un pays sur l'impérialisme est une victoire pour nous; de même
que toute défaite d'une nation est une défaite pour nous. La pratique de
l'internationalisme prolétarien n'est pas seulement un devoir pour les peuples
qui luttent pour un avenir meilleur; c'est aussi une nécessité inéluctable «.
(voir IIe partie, pages....).
Constatant l'échec pratique (mais non théorique) de ses
options économiques, le Che ne peut poursuivre son travail au Ministère de
l'Industrie. Mais, surtout, voulant contribuer, en payant de sa personne, à la
victoire d'une autre révolution dans le monde, le Che décide de quitter Cuba en
1965. On est donc loin de l'image traditionnel du Che, guérillero éternel et
romantique, se lançant dans la lutte par goût de l'aventure. Si le Che a quitté
Cuba en 65 pour combattre ailleurs, ce n'est pas du fait de son soi-disant «
romantisme révolutionnaire «, mais bien par une compréhension claire et
réfléchie des nécessités concrètes de la révolution. Et comme, chez le Che,
théorie et pratique ne font qu'un, comme il existe, tout au long de sa vie, une
symbiose et une cohérence parfaite entre sa pensée et ses actes, le Che décida
donc d'aider à la révolution internationale.
Ainsi, durant l'année 65, le Che a complètement «disparu» de
la vie publique. Le monde s'interroge: où est Guevara?. Et Castro, de répondre
logiquement: «Le commandant Che Guevara est là où il sera le plus utile pour la
Révolution». En fait, le Che a quitté Cuba et tente de libérer le Congo de la
domination impérialiste (belge notamment). Déjà, dans son discours aux Nations
Unies prononcé un an plus tôt, le Che attaqua violemment l'intervention
impérialiste dans ce pays où Patrice Lumumba, dirigeant socialiste, fut
assassiné et remplacé par la clique dictatoriale de Mobutu. Le Che déclara
alors: «Tous les hommes libres du monde doivent s'apprêter à venger le crime du
Congo». Mais, après six mois passés dans ce pays, sa guérilla, composée de
Cubains et de Congolais (où il rencontre Laurent Désiré Kabila, qui ne lui fera
pas très bonne impression!) s'enlise dans les difficultés. Le manque de moyens
matériels et les dissensions entre les différents groupes rebelles congolais
auront raison d'une expérience qui semble aujourd'hui par trop volontariste et
insuffisamment préparée. De plus, des conditions indépendantes de sa volonté
vont se liguer contre sa tentative: au moment où le Che est au Congo, Cuba est
en mauvaise relation avec la Chine de Mao. Cette dernière demande à Soumaliot
et Mulele (dirigeants de la lutte révolutionnaire congolaise) d'inviter les
cubains à rentrer chez eux. Quant aux soviétiques, alors en phase de bonne
entente avec les Etats-Unis, qui soutiennent la clique de Mobutu et Tschombé,
ils font pression sur les cubains pour qu'ils abandonnent la lutte au Congo.
Pour toutes ces raisons, Guevara est donc pratiquement obligé de quitter le
Congo.
Ne pouvant réapparaître publiquement à Cuba à cause des
Russes et, surtout, voulant cette fois-ci essayer d'aider concrètement l'extension
de la révolution socialiste en Amérique Latine, le Che lance en 1966 une
guérilla en Bolivie. Son dernier combat...
Chapitre 5. La fin
« Prends, c'est seulement un coeur, Tiens-le dans ta main Et
quand le jour viendra, Ouvre ta main pour que le soleil le chauffe « Che
Guevara, « El Patojo «, 1963.
Déguisé, le Che arrive fin octobre en Bolivie où, avec un
groupe de 17 cubains, plusieurs boliviens et autres latino-américains, il
tentera d'implanter d'octobre 66 à octobre 67 un foyer de guérilla conséquent.
Le choix de la Bolivie (dirigée alors par le dictateur Barrientos) avait une
valeur symbolique et stratégique. Symbolique parce que le nom du pays vient de
celui de Simon Bolivar, dirigeant des guerres d'indépendance latino-américaines
du XIX siècle contre la domination espagnole. Le rêve de ce dernier, jamais
réalisé, était d'unir toute l'Amérique Latine en une seule entité politique. Stratégique
car le pays se trouve au coeur du continent, ayant des frontières avec 5 autres
Etats (Brésil, Paraguay, Argentine, Chili et Pérou). L'idée de faire de la
guérilla bolivienne un foyer d'où rayonneraient d'autres guérillas dans les
pays précités, avec comme objectif stratégique à long terme la victoire de
plusieurs révolutions sur le continent, était évidemment dans l'esprit du Che.
Pour ce dernier, le rêve de Bolivar pourrait se réaliser à travers la création
des Etats-Unis socialistes d'Amérique Latine. Dans l'immédiat, l'utilité de la
guérilla bolivienne était également de contribuer à l'affaiblissement de
l'impérialisme qui, à ce moment-là, concentrait une grande partie de ses forces
dans la lutte contre le peuple vietnamien. Par rapport à cette question,
l'évolution du Che dans sa critique des bureaucraties «socialistes « était
fortement avancée. Dans un message adressé à une Conférence internationale qui
se tenait en avril 1967 à La Havane, le Che lance son fameux mot-d'ordre: « Il
faut créer un, deux, trois, plusieurs Vietnam». Dans ce même message, il
n'hésite pas à critiquer fortement l'URSS et la Chine de Mao Tsé-Tung, non
seulement parce ces pays n'osent pas aider conséquemment les révolutionnaires
vietnamiens (en menaçant de guerre l'impérialisme par exemple), mais également
parce les querelles qui divisent ces deux pays affaiblissent à l'échelle
mondiale les forces anti-impérialistes: «Le Vietnam est (...) tragiquement
seul. (...) La solidarité du monde progressiste avec le peuple du Vietnam
ressemble à l'amère ironie que, pour les gladiateurs du cirque romain,
signifiait l'encouragement de la plèbe. Il ne s'agit pas de souhaiter le succès
de la victime de l'agresseur, mais de partager son sort (...). L'impérialisme
américain est coupable d'agression, cela, nous le savons (...). Mais sont aussi
coupables ceux qui, à l'heure de la décision, ont hésité à faire du Vietnam une
patrie inviolable du socialisme. (...) sont coupables ceux qui poursuivent une
guerre d'insultes et de crocs-en-jambe».
Après plusieurs mois d'activité, la guérilla bolivienne du
Che s'enfonce de plus en plus dans l'échec. Les raisons de la défaite sont très
diverses, elles tiennent non seulement à des failles dans les conceptions
théoriques du Che au niveau de sa stratégie révolutionnaire (voir IIeme partie,
page...), mais également à des erreurs tactiques et des événements
conjoncturels. On peut citer au moins 7 éléments importants qui ont contribué à
l'échec:
1) Manque total d'un soutien de masse: Durant les 11
premiers mois de la guérilla, pas un seul paysan indien ne fut recruté à la
cause. Les indiens vivant dans la région où opérait la guérilla étaient très
peu nombreux et très isolés. De plus, il parlaient une langue indienne inconnue
des guérilleros. Enfin, une réforme agraire partielle, effectuée quelques
années plus tôt, avait donné satisfaction à une couche de ces paysans. Pour
toutes ces raisons, ils se méfiaient des guérilleros et beaucoup renseignaient
l'armée sur les déplacement des hommes du Che. Ce manque de soutien de masse
est sans aucun doute l'élément essentiel de la défaite des révolutionnaires,
car, comme le notait Guevara lui-même: «Tenter de mener à bien une guerre de
guérilla sans le soutien des masses conduit inévitablement au désastre»
2) Erreur tactique: la zone choisie par le Che avait
l'avantage d'être proche des frontières de plusieurs pays mais elle ne
répondait pas à la possibilité de créer un véritable foyer de guérilla, capable
de créer une situation de double pouvoir territorial. D'abord pour des raisons
purement géographiques: la zone était peu cartographiée, la guérilla dû ainsi
passer de longs mois en reconnaissances et en relevés topographiques. Ensuite
parce que la composition sociale de la région ne s'y prêtait pas. Par contre,
si le Che aurait implanté son action plus au nord, les chances auraient été
plus grandes car les paysans de ces régions auraient été plus réceptifs à la
lutte et, tout près, se trouve une zone de mines comptant des ouvriers mineurs
extrêmement combatifs. Une jonction avec ces éléments aurait permis au Che de
rompre son isolement et de développer une assise de masse à la guérilla.
3) Hasards de la lutte: Le déclenchement du conflit armé, le
23 mars 1967, fut à l'initiative de l'armée, à un moment où la guérilla, en
pleine phase d'entraînement et de reconnaissance du terrain, n'était pas encore
prête au combat (Guevara estimait que le mois d'août serait le plus favorable).
La troupe du Che connu ainsi plusieurs mésaventures graves: le 4 avril, le
campement principal de la guérilla tomba aux mains de l'armée, occasionnant la
perte de matériel important (et notamment des médicaments contre l'asthme dont
souffrait le Che, ce qui allait fortement contribuer à l'affaiblissement
physique de Guevara). Ensuite, le 17 avril 1967, la troupe du Che s'est a été
scindée en deux et ne s'est plus retrouvée, les deux colonnes étant par la
suite poursuivies et anéanties séparément. Le premier groupe sera anéanti le 31
août. Le groupe du Che, le 8 octobre 1967.
4) Adversaire féroce et préparé: l'armée bolivienne était
fortement soutenue par les Etats-Unis. Des unités spéciales de lutte
anti-guérilla avaient été formées par des instructeurs américains qui eux-mêmes
se basaient sur les leçons de Cuba. Les impérialistes américains étaient
fermement résolus à écraser au plus vite et par tous les moyens le premier
noyau de guérilla. Les «Rangers» boliviens, épaulés par des officiers de
l'armée US et des agents de la CIA, furent des ennemis redoutables et
impitoyables pour la guérilla.
5) Isolement total par rapport à la ville et manque de
soutien de la part du Parti communiste bolivien (stalinien). La guérilla du Che
fut purement et simplement abandonnée et laissée à son sort par les dirigeants
du PC bolivien. Pour ces derniers, la théorie de la lutte armée était à
rejeter, seule comptait l'alliance entre les ouvriers et la bourgeoisie
nationale pour lutter contre l'impérialisme et la dictature, les paysans
n'intéressaient pas les staliniens (sur les divergences de stratégie
révolutionnaire entre les staliniens et Guevara, voir IIeme partie, page....).
Le Che avait également eu des contacts, inutiles eux aussi, avec le Parti
communiste maoïste bolivien. Le fait que Guevara allait lancer la guérilla
avant même que ne soit constitué un réseau urbain bien organisé et implanté
allait contribuer à l'échec.
Bref, n'ayant aucun soutien des masses paysannes, sans aucun
lien ou soutien concret avec le prolétariat des villes, (autre élément
essentiel pour la victoire, comme le Che le reconnaissait aussi), mis à part
quelques messages ou gestes de solidarité, trahis par ceux qui se réclament du
communisme, la défaite du Che était inéluctable, et ce malgré quelques succès
ponctuels.
On peut également rajouter, comme l'une des causes de
l'échec de la guérilla bolivienne, le manque de compréhension du problème
indien. En effet, majoritaires dans la population paysanne bolivienne, le Che
ignorait les spécificités de l'oppression des indiens, oppression notamment
culturelle. L'absence de connaissance de la langue indienne allait donc
fortement handicaper le processus de conscientisation des paysans indiens pour
qui les guérilleros n'étaient que des « blancs « de la ville.
A partir du 26 septembre 1967, plusieurs fois encerclé,
tombant dans plusieurs embuscades, le groupe du Che est finalement décimé dans
le ravin dit du «Quebrada del Yuro», près du village de La Higuera. Guevara
voulait remonter plus au nord et gagner ainsi une région socialement plus
«fertile» pour les idées révolutionnaires. Plusieurs hommes sont tués ou
blessés dont le Che, qui sera finalement capturé par les «Rangers» boliviens.
Transféré au village de La Higuera,, il sera interrogé et identifié par des
officiers boliviens qui le laisseront sans soins durant toute une nuit. Le
lendemain, vers 10h00, l'ordre d'abattre le prisonnier est donné par les
autorités boliviennes, conseillées par la CIA américaine. En septembre 1958, de
manière quasi prophétique, Guevara avait déclaré: «Je mourrai le sourire aux
lèvres, au sommet d'une colline, derrière un rocher en combattant contre les
américains ». Che Guevara, l'ennemi indomptable de l'impérialisme, devait
mourir aux yeux des puissants de ce monde... Ernesto Che Guevara, un des plus
grands révolutionnaires de ce siècle, que l'on peut sans hésiter placer, de par
ses actes et sa pensée, aux côtés de Lénine, Trotsky, Luxemburg et Gramsci, fut
donc froidement abattu d'une rafale le 9 octobre 1967 à 13h10.
Le 15 octobre, en direct à la télévision cubaine, Fidel
Castro, contenant son émotion, confirme l'information. Le 18 octobre, il
déclare: »Devant l'Histoire, les hommes qui agissent comme lui, les hommes qui
font tout et donnent tout pour la cause des humbles grandissent chaque jour,
ils entrent plus profondément dans le coeur des peuples. Et ceci, les ennemis
impérialistes commencent à le percevoir et ils ne tarderont pas à se rendre
compte qu'à la longue, sa mort sera comme une graine qui donnera naissance à
beaucoup d'hommes décidés à suivre son exemple. »
Chapitre 6. Le mythe ou l'homme? Che Guevara pour
aujourd'hui
« Le présent est la lutte, le futur est nôtre « Che Guevara
Le Che mort, son combat ne l'est pas, loin de là. Partout à
travers l'Amérique Latine, la nouvelle de sa mort se répandit comme une traînée
de poudre. Symbole de la première révolution libératrice du continent, les
peuples exploités et opprimés se sont appropriés son image comme porte-drapeau
de leurs luttes. Très vite, c'est dans le monde entier que son image allait se
répandre, à la faveur d'une vague d'agitations et de bouleversements
importants, vague de radicalisation débouchant même sur des possibilités
révolutionnaires (Mai 68). Ainsi, les étudiants des principaux pays
capitalistes, sur les barricades parisiennes comme sur les campus
universitaires US en lutte contre l'intervention impérialiste de leur pays au
Vietnam, manifestaient en portant l'effigie du Che en tête de leurs cortèges.
Des groupes révolutionnaires «guévaristes» font même leur apparition... Après
le reflux de cette vague de radicalisation, l'image du Che s'est peu à peu
estompée (sauf dans le Tiers-Monde)... pour réapparaître avec force depuis
quelques années.
L'actuelle floraison d'articles, badges, CD, livres,
t-shirts, etc. n'est pas entièrement due à une récupération commerciale de
Guevara, même si cet aspect est évidemment présent. En cette fin de millénaire,
alors que l'on avait proclamé la faillite des «idéologies», du «communisme»
(injustement identifié à la caricature de communisme que furent l'URSS et les
pays de l'Est), du «marxisme», alors que le système capitalisme mondialisé
domine la quasi totalité de la surface du globe, les masses prennent de plus en
plus conscience de la nature inhumaine, injuste et dangereuse (pour l'Homme,
pour la nature) dudit système. Souvent inconsciemment, et sans connaissances
historiques profondes, des milliers de gens, des jeunes surtout, identifient le
Che comme un symbole du refus et de la révolte contre les injustices de ce
monde. Guevara n'avait-il pas écrit à ses propres enfants: « Surtout, soyez
capables de ressentir au plus profond de vous même chaque injustice qui se
commet de par le monde». En ce sens, le «retour du Che» actuel est positif.
Mais il doit absolument dépasser ce stade s'il veut devenir mobilisateur de
révoltes concrètes et conscientes. Pour ce faire, seule une connaissance
approfondie de la vie et de l'oeuvre de Che Guevara, non plus en tant que mythe
ou qu'icône à vénérer béatement, mais en tant que personnage révolutionnaire
historique, pourra contrebalancer les aspects « marchands « de ce retour.
Mais revenir à Che Guevara signifie également revenir sur
les idéaux et les théories qui ont animé et donné tout leur sens à son combat,
c'est à dire revenir aux théories du marxisme révolutionnaire, du communisme.
Et cette connaissance, pour être utile et complète, doit s'accompagner d’un
engagement révolutionnaire concret et collectif pour changer ce monde de
misère, d'oppression, d'exploitation et d'injustice.
Retour du Che. Retour au Che historique. Retour au marxisme
révolutionnaire critique, anti-dogmatique et démocratique ainsi qu'à
l'engagement militant, tels doivent être nos objectifs.
IIème PARTIE: LE MARXISME DE CHE GUEVARA:
«Vous pouvez tuer un homme. Vous ne pouvez pas tuer une idée
qui plonge ses racines dans la réalité sociale la plus profonde. » Ernest
Mandel, La Gauche du 21 octobre 1967.
Après avoir parcouru la vie du Che, nous allons aborder dans
cette deuxième partie les aspects spécifiques de sa pensée marxiste. Aspects
importants, car sa vie et son oeuvre (à l'image même du marxisme qui s'affirme
comme unité entre la théorie et la pratique) sont inséparables. La fait que
l'on a trop souvent présenté le Che, et qu'on le présente encore aujourd'hui,
comme un simple « guerrier révolutionnaire « qui plus est « romantique « (ce
qui est évidemment très commode pour l'ordre établi), démontre qu'il est
également important d'aborder le Che théoricien pour montrer que ses actes se
conformaient de manière conséquente à une pensée marxiste riche et fertile. Il
nous faut donc aborder cette pensée, mais sans oublier non plus ses actes et,
comme le Che le faisait lui-même à son sujet, ne pas hésiter à critiquer ses
aspects erronés ou insuffisants lorsqu'il le faut.
Ch. 7. L'internationalisme
L'internationalisme de Guevara était presque une seconde
nature chez lui. Argentin, il participa aux événements du Guatemala, à la révolution
cubaine, à la lutte congolaise, appela à partager le sort du Vietnam et finira
sa vie en Bolivie. L'internationalisme était pour lui une nécessité intérieure
d'éducation révolutionnaire; « Il ne peut exister de socialisme s'il ne s'opère
pas dans les consciences un changement qui provoque une nouvelle attitude
fraternelle envers l'humanité «. Pour lui, pour préserver la révolution
victorieuse, il faut maintenir l'internationalisme prolétarien car il est un
rempart contre la dégénérescence de cette révolution: «(le révolutionnaire), si
son ardeur révolutionnaire s'émousse une fois les tâches les plus urgentes
réalisées, à l'échelle locale, et s'il oublie l'internationalisme prolétarien,
la révolution qu'il dirige cesse d'être un moteur et s'enfonce dans une
confortable torpeur qui est mise à profit par (...) les impérialistes «.
Mais l'internationalisme est également une nécessité
«extérieure». Dès 1959, l'extension de la révolution cubaine à toute l'Amérique
Latine était sa préoccupation constante: «nous devons travailler chaque jour en
pensant à l'Amérique Latine» déclare-t-il. Préoccupation fondée sur la
certitude, surtout à partir de 1964, que le destin de l'Etat révolutionnaire
cubain et son autonomie face à la bureaucratie soviétique était lié au destin
de la révolution latino-américaine. D'autre part, son internationalisme
conséquent se fondait sur la compréhension du lien étroit entre les processus
révolutionnaires dans les différents pays à l'échelle mondiale: «Il faut tenir
compte du fait que l'impérialisme est un système mondial, étape suprême du
capitalisme, et qu'il faut le battre dans un grand affrontement mondial» («Le
socialisme et l'homme à Cuba», 1965) Son internationalisme ne se limitait donc
nullement à l'Amérique Latine: il a été un des rares dirigeants
révolutionnaires de notre époque à comprendre l'unité organique du système
capitaliste mondial, le rapport dialectique entre les différents secteurs de la
lutte de classe à l'intérieur de ce système, et la nécessité d'une stratégie révolutionnaire
unifiée à l'échelle internationale. Cette unité mondiale de la lutte de classe
peut se définir comme suit: les combats que se livrent les prolétariats de
chaque pays, ou telle ou telle de leurs fractions, constituent tous une partie
d'un tout; l'affrontement général entre le prolétariat et la bourgeoisie. La
lutte de classe est devenue internationale, comme la circulation du capital et
la fluctuation des prix. Les rythmes, les formes, l'évolution de ces combats
très divers épousent les particularités nationales et subissent le poids des
héritages, mais leurs interactions, même inconsciente, est permanente.
En avançant, en 1967, le mot d'ordre «Un deux, trois,
plusieurs Vietnam», Guevara esquissait (pour la première fois dans l'Histoire
du mouvement ouvrier, exception mise à part de la petite minorité
marxiste-révolutionnaire) une orientation révolutionnaire mondiale qui
n'obéissait pas aux intérêts nationaux de tel ou tel Etat, de telle ou telle
puissance « socialiste «, mais du prolétariat international dans son ensemble.
Et il ne se bornait pas à lancer des slogans, il mettait en pratique ce qu'il
proposait, en essayant, en Amérique Latine, d'ouvrir un deuxième front qui
pourrait venir en aide au Vietnam et briser l "isolement de Cuba.
L'internationalisme était pour le Che à la fois un impératif
moral, une exigence éthique de l'humanisme révolutionnaire, qui dépasse les
étroites limites nationales dans un puissant mouvement de solidarité
fraternelle, contre l'ennemi commun: «Il n'est pas de frontière dans cette
lutte à mort... la pratique de l'internationalisme prolétarien n'est pas
seulement un devoir pour les peuples qui luttent pour un avenir meilleur; c'est
aussi une nécessité inéluctable» («Discours d'Alger»). Bien entendu, on peut
lui reprocher de privilégier trop le tiers monde dans sa vision de la lutte de
classe planétaire, et de ne pas concevoir la nécessité d'une révolution
anti-bureaucratique en URSS et dans les pays de l'Est, même s'il critiquait
sévèrement le « modèle économique « soviétique. Il reste que depuis la mort de
Trotsky, on avait jamais vu un dirigeant révolutionnaire d'envergure
historico-mondiale mettre, comme lui, l'internationalisme au coeur de sa
perspective politique et de son activité militante. Un dirigeant qui ne se
conduit pas comme «homme d'Etat», mais comme un combattant de la révolution
mondiale, et paye de sa propre personne la mise en oeuvre de sa stratégie
internationaliste.
Ch.8 La théorie de la guérilla
La lutte de guérilla, développée par les révolutionnaires
cubains et théorisée par le Che, allait à l'encontre des méthodes de lutte des
partis communistes staliniens. Pour ces derniers, la révolution en Amérique
Latine ne pouvait être que «démocratique-bourgeoise» (cf. Ch.10). Dans ce
cadre, elle ne devait se limiter qu'aux villes et impliquait la possibilité
d'alliances avec l'armée ou une partie de cette dernière. Or, au-delà de la
fausseté de cette conception, les armées latino-américaines sont
essentiellement constituées d'éléments réactionnaires très liés à
l'aristocratie des grands propriétaires terriens, à la grande bourgeoisie et à
l'impérialisme américain. A chaque tentative de réformes sociales, l'armée, par
des coups d'états sanglants, renversait les régimes progressistes. Pour
Guevara, au contraire, le caractère socialiste de la révolution implique la
destruction de l'appareil militaro-bureaucratique de l'Etat bourgeois. La
défaite et la destruction de l'armée est donc une condition essentielle de ce
point de vue. Et pour détruire cet instrument sanglant de l'asservissement des
masses qu'est l'armée, il faut pouvoir lui opposer une armée révolutionnaire.
Pour le Che, la guérilla est donc la continuation par les armes de la politique
révolutionnaire car, dans le contexte de certains pays latino-américains, où
les formes de lutte légales ou électorales sont quasiment impossibles, (à cause
de la tyrannie des régimes en place), seule la lutte armée « illégale «de masse
peut être efficace.
Partant de son expérience cubaine et de l'étude d'autres
mouvements révolutionnaires armés (les partisans yougoslaves, algériens,
vietnamiens et les enseignements militaires de Mao), le Che va définir les axes
tactiques et stratégiques de la guerre de guérilla en Amérique Latine. Premier
postulat fondamental; «dans l'Amérique sous-développée, le terrain fondamental
de la lutte armée doit être la campagne» car: 1) La population rurale est
majoritaire dans le continent; 2) Les paysans pauvres et le prolétariat
agricole sont surexploités et voués à la misère, ce qui leur donne un potentiel
révolutionnaire puissant; 3) Les insurrections urbaines limitées strictement à
la ville sont vouées à l'échec; 4) La campagne offre plus de sécurité à
l'action clandestine en offrant un vaste terrain de manoeuvre, de cachettes,
etc.
S'il est vrai que la campagne offre des avantages certains
comme terrain de lutte, le Che n'en sous-estimait pas moins les possibilités de
lutte dans la ville. Même s'il reconnaissait l'importance «primordiale»de la
lutte urbaine dans la phase finale, il la considérait, au début, comme une
force d'appoint secondaire par rapport à la guérilla rurale. La guérilla
urbaine des Tupamaros en Uruguay dans les années 70 allait démontrer qu'une
telle forme de lutte était possible, surtout, évidemment, dans les pays où la
population urbaine est importante. De plus, la campagne n'est pas un «
sanctuaire « pour les révolutionnaires et leurs dirigeants: la propre capture
du Che le prouve. Enfin, la conscience révolutionnaire des masses, même
potentielle, n'est pas mécaniquement liée à leur état de misère
Second postulat de Guevara: «On ne doit pas attendre que
soient réunies toutes les conditions pour faire la révolution: le foyer
insurrectionnel peut les faire surgir « («La guerre de guérilla»). Pour le Che,
le foyer (le «foco» en espagnol) de guérilla doit jouer le rôle de catalyseur
en exacerbant les contradictions de classes lorsqu'il s'affronte au pouvoir et
en démontrant aux masses qu'il est possible de lutter et de vaincre. Ce
postulat allait à l'encontre des conceptions traditionnelles «attentistes» pour
qui il fallait attendre absolument que toutes les conditions favorables soient
réunies pour passer à l'action révolutionnaire. Mais contre l'attentisme absolu
des partis communistes traditionnels, le Che ne développait pas non plus un
volontarisme aveugle: «l'établissement du premier foyer de guérilla nécessite
un minimum de conditions favorables «. Ces conditions sont de nature
économique, sociale, politique et idéologique, et il faut les déterminer par
une analyse concrète de la situation concrète.
Contrairement à beaucoup d'adeptes du Che, qui, par la
suite, allaient tenter de mettre en pratique ses enseignements de manière
dogmatique et mécanique (ce qui allait entraîner l'échec de plusieurs guérillas
latino-américaines), la conception de Guevara du foyer de guérilla n'est pas
volontariste ni mécaniste. Bien que sa dramatique expérience bolivienne
démontre qu'il avait lui-même sous-estimé l'importance des «conditions
nécessaires», sa position théorique est juste. Elle est celle de la dialectique
matérialiste qui dépasse à la fois le matérialisme vulgaire et mécaniciste
(«les conditions déterminent seules le processus historique «) et l'idéalisme
(qui affirme la toute puissance de la volonté). Pour le Che: la pratique de
l'avant-garde révolutionnaire est le produit de conditions données, mais elle
peut être à son tour créatrice de conditions nouvelles. Par son rôle au niveau
de la conscience des masses, le foyer de guérilla peut donc agir comme un
catalysateur et gagner, via son activité politico-militaire, l'adhésion des
masses paysannes, puis ouvrières, qui rejoindront la lutte. Si, pour le Che, le
noyau initial de la guérilla peut ne compter que quelques dizaines d'hommes, il
doit, par la suite, acquérir le soutien actif des masses et grossir au fur et à
mesure que des centaines de volontaires le rejoignent. Pour lui, la guerre de
guérilla n'est donc pas l'affaire d'une minorité, au contraire: «Ceux qui
veulent faire une guérilla, oubliant la lutte de masses, comme s'il s'agissait
de deux luttes contraires, sont à critiquer. Nous sommes contre cette position.
La guerre de guérilla est une guerre du peuple, c'est-à-dire une lutte de
masses. Prétendre faire la guerre de guérilla sans l'appui de la population,
c'est aller vers un désastre inévitable. La guerre de guérilla est
l'avant-garde combattante du peuple (...) appuyée sur la lutte de masse des
paysans et des ouvriers de la zone et de tout le territoire où elle se trouve.
Sans ces conditions, on ne peut admettre la guerre de guérilla.» («La guerre de
guérilla, une méthode», 1963)
L'influence des conceptions politico-militaires de Mao
Tsé-Tung sur Che Guevara est ici évidente, notamment dans l'insistance qu'il
porte au fait que la guérilla ne développe pas seulement une activité
militaire, mais aussi et surtout politique. Par la propagande, mais aussi par
les actes (réforme agraire dans son territoire), la guérilla joue un rôle
d'éducatrice révolutionnaire des masses. Ses actes et prises de positions
doivent amener à ce que la guérilla apparaisse peu à peu comme un «pouvoir
alternatif» opposé au pouvoir établi, rendant concrètement possible la
nécessité d'un changement radical et révolutionnaire. La victoire est
impossible si l'on ne prend en compte que les aspects « techniques «: le
caractère politico-militaire de la guérilla doit être omniprésent car elle est
une des forme que prend la lutte de classe.
En partie justes, les conceptions du Che comportent
toutefois une «tendance à réduire la révolution à la lutte armée, la lutte
armée à la guérilla rurale et celle-ci au petit noyau du foco «. (M.Löwy). La
lutte armée ne se limite pas à la guérilla: l'insurrection armée, les
affrontement armés comme aboutissement d'une période de luttes de plus en plus
radicale ou à l'issue d'une grève générale insurrectionnelle: tels sont
également les aspects que peut prendre la lutte. De plus, le Che avait
également tendance à étendre à toute l'Amérique Latine ses concepts de la
guérilla, or, plusieurs pays (Argentine, Uruguay, etc.) à forte population
urbaine et ouvrière ne correspondent pas au schéma cubain.
Le Che reprend également à son compte les «trois moments» de
la guérilla théorisés par Mao: «Le premier, de défense stratégique, moment où
la petite force mord l'ennemi» mais est encore très fragile: «Sa défense
consiste dans les attaques limitées qu'elle peut réaliser». Deuxièmement: «Le
point d'équilibre où s'établissent les possibilités d'action de l'ennemi et de
la guérilla». Troisièmement: «Le moment final où l'ennemi est débordé et où
l'armée de libération peut prendre les grandes villes et liquider totalement
l'adversaire». Mais le Che se détachait tout de même des conceptions maoïstes
sur deux questions essentielles: 1) pour lui, il n'est pas nécessaire que le
noyau initial de guérilla comprenne des éléments d'origine prolétarienne
citadine; 2) et il soutient, à l'encontre des conceptions étapistes
staliniennes ou maoïs
Le Che et la Révolution Cubaine
2ème partie
Un jour, de visite chez María Antonia Gonzales, au Numéro 49
de la rue José Amparán, Ernesto fait connaissance de Raúl et Fidel Castro.
María Antonia est une cubaine résidant à Mexico, qui
collabore efficacement avec les révolutionnaires exilés. Au cours de cette
réunion, le Che reste à converser durant une dizaine d'heures avec Fidel,
durant lesquelles ils échangent tout type d'opinions.
Le leader de la révolution cubaine lui explique les raisons
de sa lutte contre le dictateur Batista. A la fin de cette conversation le Che
fait dès lors parti du groupe.
Il se marie le 8 Août 1955 avec Hilda à Tepotzotlán, près de
Mexico. Hilda est enceinte et le futur parrain est Raúl Castro. Le 15 Février
1956, naît Hilda Guevara Gadea.
Ernesto reste 57 jour dans la prison Miguel Schultz après
avoir été arrêté par la police mexicaine dans la hacienda "Santa
Rosa", Popocatépetl, à 35 kilomètres de la capitale, qui était le camp
d'entraînement des révolutionnaires cubains qui préparaient une attaque contre
Cuba, et qui étaient dirigés par le Général Alberto Bayo, un ancien colonel de
l'Armée Républicaine pendant la Guerre Civile en Espagne.
Le Che a toujours caché ses activités révolutionnaires à ses
parents, et il leur envoie une lettre les informant de sa situation et leur
annonçant sa séparation avec Hilda.
Le Dimanche 25 Novembre 1956, de l'embouchure du río Tuxpán
au Mexique, Ernesto Che Guevara s'en va avec le "Granma" avec 81
autres hommes à bord, un yacht d'une capacité de 25 personnes seulement, que
Fidel Castro avait acheté à une entreprise nord américaine.
Une semaine plus tard, le Dimanche 2 Décembre, ils
débarquent à Los Cayelos, à l'est de Cuba, commençant la guérilla
révolutionnaire dans les montagnes de la Sierra Maestra.
Dès le début, le Che se distingue en tant que combattant de
la lutte révolutionnaire à Cuba contre la tyrannie du dictateur Fulgencio
Batista. Le 1er Mars 1958, est diffusée pour la première fois « Radio Rebelde
», une radio créée par le Che.
A la fin du mois d'Avril 1958, Ernesto est envoyé depuis
Jibaro, dans la Sierra Maestra, à la tête du commando de la 8ème Colonne vers
la région centrale du pays.
Ils arrivent jusqu'à la Sierra del Escambray, province de
Las Villas, où ils vont monter un camp de base.
Le Che participe avec beaucoup d'ardeur aux combats et plus
particulièrement à la Bataille de Santa Clara le 1er Décembre 1958, laquelle
s'avère très importante dans leur objectif principal : faire tomber la
dictature et faire triompher la Révolution Cubaine.
Le 1er Janvier 1959, Cuba est libéré, et Batista part en
exil.
Le 2 Janvier, Camilo Cienfuegos Gorriarán entre dans La
Havane, paralysée par une grève générale. Le lendemain le Che y fait son
entrée, et le Dimanche 8 Janvier, Fidel Castro entre victorieusement dans la
capitale.
Les parents du Che arrivent le Lundi à Cuba, 6 ans après la
dernière rencontre avec leur fils.
Le 21 Janvier, Hilda Gadea et Hildita viennent vivre à La
Havane.
En égard aux services rendus à Cuba, Ernesto Che Guevara est
déclaré citoyen cubain par le Conseil des Ministres le Lundi 9 Février 1959.
Au mois de Mars 1958, Ernesto avait fait la connaissance à
Escambray une jeune cubaine de 22 ans, Aleida March Torres, et le 2 Juin 1959
le mariage est célébré après que le divorce fut prononcé entre le Che et Hilda
Gadea le 22 Mai 1959.
Du 12 Juin au 5 Septembre, Ernesto Che Guevara est en
mission pour le gouvernement cubain en Egypte, Soudan, Inde, Birmanie,
Indonésie, Ceylan, Japon, Maroc, Yougoslavie et en Espagne.
Durant plusieurs années il rempli des fonctions officielles
au sein du gouvernement cubain. Parmi ces différentes charges gouvernementales,
militaires et économiques, il est nommé Chef des Forces Armées
Révolutionnaires, Chef de l'Industrie et de la Réforme Agraire, et le 26
Novembre 1959 il occupe le poste de Président de la Banque Nationale de Cuba.
Le 4 Mars 1960, dans un attentat organisé par la CIA, le
bateau belge « La Couvre », qui apportait des armes à Cuba, explose dans le
port de La Havane.
Le lendemain, Alberto Korda prend la célèbre photo du Che en
hommage aux victimes de l'attentat, et au cours de la cérémonie Fidel Castro
prononce cette phrase qui restera dans l'histoire : "Patria o muerte.
¡Venceremos!" (La Patrie ou la mort. Nous vaincrons !).
Le Che préside de nombreuses missions officielles au nom du
Gouvernement Révolutionnaire.
Du 22 Octobre au 9 Décembre, il est à la tête de la mission
économique de Cuba qui est de visite en URSS, Tchécoslovaquie, RDA et
République Populaire de Chine.
Le 19 Octobre 1960, Les Etats-Unis décrètent l'embargo
commercial de Cuba.
Le 17 Novembre, pendant son séjour en Chine, vient au monde
Aleida Guevara March, ou "Aliusha", à La Havane. C'est là également
que naîtront ses autres frères.
Le 3 Janvier 1961 les Etats-Unis rompent leurs relations
diplomatiques avec Cuba.
Le 23 Février 1961, le Che est nommé Ministre de l'Industrie
et Membre du Conseil Central du Plan.
Le 20 Mai 1962 naît son fils,Camilo, nom qu'il lui donne en
hommage à son camarade Camilo Cienfuegos, qui mourut tragiquement dans un
accident aérien.
Du 17 au 20 Avril 1961, Ernesto Che Guevara occupe le
commandement militaire de Pinar del Río pendant l'attaque de mercenaires sur la
Plage Girón, dans la Baie des Cochons (Bahía de los Cochinos), au cours de
laquelle 1500 contre révolutionnaires cubains tentent d'envahir l'île dans une
opération organisée et financée par la CIA. Les révolutionnaires mettront en
déroute les mercenaires en moins de 72 heures.
Le 4 Août, le Che est à la tête de la délégation cubaine
lors de la Conférence des Amériques de Punta del Este en Uruguay. La délégation
est reçue à l'Aéroport National de Carrasco par des milliers de personnes
chantant des slogans anti-yankees et aux cris de « vive la Révolution Cubaine
».
En Octobre 1962 et jusqu'en Novembre de la même année,
Ernesto occupe le commandement militaire des troupes de Pinar del Río pendant
la Crise d'Octobre.
Lors de sa présence à Cuba, le Che œuvre dans de nombreuses
tâches : il est l'initiateur du Travail Volontaire dans tout le pays, de
l'organisation des Forces Armées Révolutionnaires (FAR) ; il est le fondateur
de la revue Verde Olivo, où il écrit de nombreux articles ; il est l'auteur de
différents livres et essais. Les œuvres du Che les plus connues sont : « Diario
de Bolivia », « Discurso en Argel », « Discours lors de la XIXème Assemblée
Générale des Nations Unies », « El cuadro, columna vertebral de la revolución »,
« El Socialismo y el Hombre en Cuba », « La Guerra de Guerrillas », « Mensaje a
los Pueblos del mundo a través de la Tricontinental », « Pasajes de la Guerra
Revolucionaria », « Reforma Universitaria y Revolución », « Sobre la
construcción del Partido », « Solidaridad con Vietnam del Sur », « Táctica y
Estrategia de la Revolución Latinoamericana ».
Le 14 Juin 1963 naît le quatrième enfant du Che, le
troisième avec Aleida. C'est une fille qui sera appelée Celia, en hommage à sa
mère.
Le 19 Mars 1964, vient au monde Omar Pérez, fruit de la
relation extraconjugale que Ernesto a eu avec Lidia Rosa López.
Du 20 Mars 1964 au 13 Avril, le Che est à la tête de la
délégation cubaine pendant la conférence de l'ONU pour le Commerce et le
Développement à Genève, en Suisse.
Du 15 au 17 Avril, il est en visite en France, Algérie et
Tchécoslovaquie.
Il visite l'URSS du 5 au 19 Novembre et participe au 47ème
Anniversaire de la Révolution d'Octobre. Il préside à nouveau la délégation
cubaine lors de l'Assemblée Générale de l'ONU à New York du 9 au 17 Décembre.
Puis il se rend en Algérie.
En Janvier 1965, Ernesto Che Guevara est en République de
Chine, puis au Mali, Congo (Brazzaville), Guinée, Ghana, Dahomey, Tanzanie,
Egypte, Algérie et revient à La Havane le 14 Mars.
Sa dernière intervention publique à Cuba a lieu le 15 Mars
quand il fait un compte rendu de ses voyages à l'étranger devant ses
collaborateurs de Ministère de l'Industrie.
Afin de poursuivre plus en avant ses idéaux libertaires, il
sollicite de la Direction de la Révolution Cubaine son détachement des
responsabilités qui le lient à Cuba, pour reprendre la lutte armée en
solidarité avec les peuples du monde.
Le 1er Avril 1965 il écrit des lettres d'adieux à ses
parents, ses enfants et Fidel Castro, et s'en va pour le Congo. C'est dans ce
pays qu'il apprendra la mort de sa mère.
Un an plus tard, le Jeudi 3 Novembre 1966, Ernesto Che
Guevara arrive à La Paz, en passant par Madrid et Sao Paulo. Il entre
clandestinement en Bolivie sous le nom de Adolfo Mena González, fonctionnaire
péruvien de l'Organisation des Etats Américains et possède au cas où, un
passeport uruguayen au nom de Ramón Benítez Fernández.
Le 7 Novembre il se trouve dans une hacienda de Ñancahuasú
où, avec un petit groupe de combattants boliviens, cubains et autres
nationalités, il fonde l'Armée de Libération Nationale de la Bolivie (Ejército
de Liberación Nacional de Bolivia). Pendant son séjour en Colombie, il est
connu en tant que "Comandante Ramón", et également "Fernando el
sacamuelas".
Mais 11 mois plus tard, après avoir été fait prisonnier et
sérieusement blessé, Ernesto Che Guevara est exécuté, le Dimanche 8 Octobre
1967 à 13h10, par des soldats boliviens dirigés par des agents de la CIA, dans
la petite école du village de La Higuera, province de Chuquisaca.
Le 18 Octobre 1967, su la Place de la Révolution, Fidel
Castro informe le demi million de cubains présents de la mort du Commandant
Ernesto Che Guevara : « Tu as disparu physiquement, mais ton image et tes
idéaux restent et resteront présents en nous, parce que ceux-là ils ne pourront
jamais les tuer avec des balles ».


